• Coming to land

COMING TO LAND

(french version below)

Sheltered by the spring red bush of a tiny bay, the past few weeks have been about learning life onboard the Northanger. From cleaning the bilges to waxing the wood, from fastening the ropes to tightening the sails, from cooking to seasickness, it will take time to become a sailor. The leather of my hands can tell, salt is working restless. So is the wind on this land of Southern Patagonia.

There is nothing like the charm of the life onboard, nothing like the kind dance of the waves and the promiscuity around the table. I’m not the first one to tell that story. Days go by without me noticing anything, from one task to another, one poetry to another. Until the departure day.

The Strait of Magellan, out of Chile, not yet in another country, just out at sea, I suppose. The tide tables disagree, currants start unforecasted dances. Keri and Greg play worriless with them, just a cheeky smile on their friendly faces. All as sudden the wind picks up to a point where the sea surface is all white, our fronts all wrinkled and we have to establish mooring watch turns until it dies, which will never happen. It drops after two days, and soon there is water as far as we can see. The boat is proudly bringing behind her dolphins, albatross and penguins. Or maybe is it them who walk us by the bow, our instinct following the open ocean call.

The crew finds its rhythm once we’ve passed the last oil drilling platforms which only pomp half oil and half water. The resources have now been empty for a while. The rhythm though, four hours watch before the kindness of our beds. Four hours of fairy lights before the darkness of our banks. Where is the life, where is the night ? Where is the energy ?

On a morning, coffee is served on deck. Dolphins come back. Three days went by, mothered in the ocean intimacy. We are born again. We can come to land. The coast lines up in between wide grey clouds. The smell of Keri’s rhubarb pie makes it feel like a Sunday afternoon. We’re Friday today. I know it cause I had to find it out. I had no idea. Time had stopped til now. Through my eyes, by a golden.

 

French version:

A l’abri d’une minuscule baie engloutie par la flore rougeoyante en ce printemps différent, les dernières semaines ont été consacrées à l’apprentissage de la vie à bord du voilier Northanger. Du nettoyage des fonds de cale au cirage des boiseries, du lovage des cordes au réglage des voiles, de la cuisine au mal de mer, un marin ne se fait pas en un jour. Le cuir de mes mains en témoigne, l’assaut du sel est sans répit, sans état d’âme. Tel le vent soufflant inlassablement sur les terres de Patagonie australe.

La beauté des rencontres est sans pareil lorsque s’y mêlent le roulis des vagues et la promiscuité du carré. Je ne suis pas la première à en témoigner. Ainsi les jours défilent sans se faire remarquer, au fil des tâches parfois éprouvantes, toujours nécessaires. Jusqu’au jour du départ.

Le détroit de Magellan, dans un territoire indéfini après des formalités administratives à rallonge, quelque part entre le Chili, l’Argentine et les Malouines. Nous sommes en mer.  Les tables de marée se contredisent, les courants s’animent en des danses étranges. Keri et Greg jonglent avec eux sans inquiétude, juste un sourire espiègle. Le vent se lève soudainement, blanchissant la surface, plissant les fronts, établissant les quarts de surveillance au mouillage en attendant qu’il s’essouffle. Deux jours sans relâche mais bientôt de l’eau à perte de vue. Le bateau traîne fièrement dans son sillage dauphins, albatros et pingouins. A moins que ce ne soit leur ballet acrobatique et sauvage qui nous mène par le bout de l’étrave, notre instinct répondant à l’appel du large.

L’équipage prend son rythme une fois dépassées les dernières plateformes pétrolières qui ne pompent déjà plus que 50 % de pétrole brut pour autant d’eau. La source est depuis longtemps épuisée. Le rythme donc, quatre heures de quart puis la douceur du lit. Quatre heures de lumières féériques avant la pénombre de la cabine. Où est la vie, où est la nuit ? Où est la source de l’énergie ?

Un matin, le café est servi sur le pont. Les dauphins réapparaissent. Trois jours ont passé, calfeutrés dans la discrétion de l’océan. Nous renaissons. Nous pouvons atterrir. La côte se dessine entre de gros nuages gris. L’odeur de la tarte à la rhubarbe de Keri emplit le carré d’une atmosphère de dimanche. Nous sommes vendredi. Je le sais parce que je me suis interrogée. Je n’en avais pas la moindre idée. Le temps avait cessé d’exister. Et devant moi, sous une pluie de lumière dorée, se découvre la robe de mousseline émeraude des îles Malouines.